ACTE 1 / « SHINING » A DOMICILE !

Nora, c’est celle grâce à qui ce blog est né. C’est ma petite survivante, ma guerrière.

Voici son parcours :

A l’aube du 13 janvier 2019, je suis enceinte de 33 semaines et 6 jours, j’ai fait une écho la semaine précédente et tout va pour le mieux dans le meilleur des monde, grossesse parfaite, bébé en parfaite santé.

Échographie 3D de Bébé Prématuré

Pourtant en pleine nuit, j’ai eu cette sensation étrange, une sensation assez forte pour me réveiller et me faire sortir de mon lit en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire malgré mon gros bidon…

3H30 / LE POINT DE RUPTURE

Je me suis dirigée vers nos « wawas ». Mais en arrivant devant la porte de la chambre de mon grand Luca, tout a basculé. Incapable de retenir ce que j’avais identifié comme une envie pressante du fait de ma toute petite mini riquiqui vessie de femme enceinte, seule dans le noir, à 3h30 du matin, alors que mon mari et mon fils dorment à quelques mètres, je sens un liquide, beaucoup de liquide, s’échappant de mon corps. Au départ je me dis que je me suis fait pipi dessus, la honte ! Mais rapidement je comprends que çà ne peut pas être de l’urine, la consistance, le débit… il y a forcément quelque chose qui cloche.

Je suis donc au milieu de mon couloir, et j’allume la lumière.

Du sang, du sang, du sang, beaucoup de sang, et encore du sang.

J’avance donc jusqu’aux « wawas ». Je tente de comprendre ce qui est en train de m’arriver… Je prends rapidement conscience de la gravité de la situation…

Check point personnel

« Tu es sur les toilettes. Il est 3h35. Nous sommes dimanche. Tu dois alerter Axel sans réveiller Luca mais Luca se trouve géographiquement plus proche de toi que son papa. Tu ne sens pas ton bébé qui gigote. Et si ton fils se réveille, juste devant la porte de sa chambre se joue le remake de Shining.

Tu ne peux pas paniquer. Sois efficace et factuelle. »

Alors je tente d’appeler mon mari en commençant par de gentils mignons petits « chéri ? » puis j’insiste une 2nde fois « Chéri. », la 3ème se veut plus incisive « CHÉRI !! » mais rien n’y fait, il dort paisiblement. Alors j’utilise mon arme ultime : « AXEL ! » : il se réveille. Bien sur il est dans le lit mais à mon ton il sait qu’il se passe quelque chose alors je lui dit : « Chéri stp viens mais sois discret il ne faut pas réveiller Luca, ne panique pas, je perds du sang ». Il se lève et me demande encore à moitié dans les bras de Morphée s’il doit contacter l’hôpital ?

 » Euh… non là je pense que par téléphone l’hôpital ne pourra pas grand chose… « 

Je lui répond qu’il vaut mieux qu’il contacte les pompiers directement & rapidement. Je lui donne la marche à suivre :

  1. Appeler les Pompiers.
  2. Essuyer le sol.
  3. Réveiller Luca et le préparer psychologiquement à la situation.
  4. Préparer le sac de jeux de Luca.
  5. Préparer un sac pour le bébé (au cas où…) et pour moi.

Bien sûr à 33 SA et 6 jours il n’existe que peu de femmes prêtes au départ. Dans notre famille rien n’est prêt pour le départ à la maternité alors place à l’improvisation et au flou général. On me dit très organisée mais en l’occurrence je n’avais rien prévu.

Une chance : nous avions installé le lit combiné dans notre chambre la semaine précédente pour des questions logistiques. Et nous avions quasi fini le shopping de bébé. Mais rien n’est prêt pour un départ à la maternité.

Pendant tout ce temps je continue à perdre du sang, je sens que mes jambes tremblent.  J’ai froid, mais je suis en sueur. Puis c’est tout mon corps qui grelotte. Toujours aucun signe de vie de ma crevette… Je suis stoïque. Axel me raccompagne jusqu’au lit. On surélève mon bassin et il place mes jambes en hauteur. Le sang ne s’échappe plus de moi. Axel gère du mieux qu’il peut mais à 4h toujours pas de pompiers.

Luca est réveillé, il a fermé les yeux et Axel l’a porté jusque dans le salon, pour qu’il ne voit pas le sang devant sa chambre, sur sa porte, dans le couloir, sur mes vêtements, sur les serviettes, dans le seau à serpillère. Mon tout petit gars s’habille, Axel lui parle, il le prévient que les pompiers vont venir pour maman et le bébé, que nous devons aller à l’hôpital pour faire des examens mais qu’on ne sait pas plus que lui ce qui est en train de se passer. Luca vit la situation sans plus de mots, il est porté par l’action.

Il est grand, il se prépare, il prend un semblant de petit déjeuner, Axel lui met la télé mais à 4h du matin, il n’y a pas encore de dessins animés, il est déçu et vraiment très très triste… comme quoi ce sont parfois les petites contrariétés qui nous permettent d’exprimer nos angoisses les plus fortes et de relâcher des émotions violentes.

Axel me dit qu’il veut me voir, alors je cache mon corps sous la couette et je souris méthodiquement : serrer les dents, pousser les commissures des lèvres vers l’extérieur, il ne doit pas savoir. Luca s’approche du lit, il est très précautionneux, ne veut surtout pas me faire mal ni faire mal à sa petite sœur. Je comprends que le moindre signe de détresse de ma part peut le faire s’effondrer ET JE REFUSE DE LIRE LA PEUR DANS SES YEUX. Alors je tiens bon, je le rassure, je le câline, je lui demande ce qu’il a emmené comme jeux, bref je fais diversion.

4H15 / LES POMPIERS

J’habite en campagne, les pompiers ne dorment pas systématiquement à la caserne donc le temps qu’ils arrivent tous à la caserne, puis repartent de la caserne, puis arrivent à mon domicile… 45 minutes se sont écoulées depuis l’appel d’Axel. Je n’ai pas encore de douleurs quand, à 4h15, les pompiers arrivent enfin. Mais mon bébé ne bouge toujours pas.

Et la situation se complique pour eux car j’ai une maladie orpheline, le Syndrome Ehlers-Danlos Type Hypermobile. Bien sûr ils n’en ont jamais entendu parler. Les syndromes Ehlers-Danlos sont des maladies systémiques et héréditaires du tissu conjonctif affectant le collagène, ayant pour caractéristiques les plus communes l’hypermobilité articulaire, la fragilité de la peau, la douleur chronique et la fatigue, une de ses conséquences en cas de traumatisme est l’hémorragie massive.

Check Point Médical

« Femme Enceinte —> Perte de Sang —> Syndrome Ehlers Danlos —> Muqueuses —> Hanches hyperlaxes —> LE CASSE TÊTE DU POMPIER !!« 

Comment me déplacer ? Ils n’en ont aucune idée et n’ont aucune recommandation.  et pas grand monde pour les renseigner à 4h du mat’ un dimanche. Les pompiers font le job : tension, rythme cardiaque, questions de routine… Ils passent plusieurs coups de téléphone, commencent à me demander si j’ai pris des cours préparatoires à l’accouchement ? Évidement non puisque depuis le départ nous avions opté pour une césarienne programmée.

« J’ai un livre pas loin mais pas le temps de le lire… Peut être que j’aurais du assister à 1 ou 2 cours d’accouchement !« 

Puis le corps médical et les pompiers se mettent d’accord : pour me sortir de la chambre, il faudra me porter sur une chaise car ma maison est toute biscornue et les passages de porte sont trop étroits. Le souci c’est qu’en m’asseyant, la gravité a fait son œuvre et le sang coule à nouveau. Les pompiers m’avaient ausculté mais l’élévation des mes membres inférieurs m’avait permis de garder le sang à l’intérieur. L’hémorragie avait continué mais ne se voyait pas, alors en me redressant je perds encore une flaque de sang. Les pompiers voient enfin l’ampleur du souci.

Je ne perçois toujours aucun mouvement de ma fille, mon intime conviction c’est que je ne la connaitrais pas, que je l’ai perdue, que je me suis réveillée trop tard… et ces pensées me tétanise. Je reste stoïque, factuelle, je me rends compte de la situation, je la vis, mais je ne me sens pas actrice, juste spectatrice, je suis étonnement calme, je gère chaque chose méthodiquement, comme si j’étais passée en mode automatique.

On me transfère sur le brancard, Luca et Axel me disent au revoir, puis on m’emmène et on m’installe dans le VSAV. Et maintenant que je suis installée… ON VA OU ??

5H00 : LE DÉPART

Vers 5H Le SAMU, les urgences gynéco, et les pompiers optent pour le CHU de Nantes. J’y suis suivie par le Professeur Winer, qui devait m’y accoucher par césarienne. C’est la maternité de niveau 3 la plus proche. Partir pour le CHU où je suis suivie me rassure car je sais que le dossier de mon 1er accouchement et celui de mon actuelle grossesse sont là bas et donc tous les éléments médicaux compliqués à rabâcher y sont indiqués.

Et nous voilà en mouvement

Nous arrivons au CHU de Nantes au service des urgences gynéco/obstétriques, enfin presque ! Visiblement il y a quelques soucis d’accès et de barrières de sécurité qui ne se lèvent pas… Les pompiers finissent par se garer puis ils débarquent le brancard. Nous allons à une porte, fermée… pas de réponses… personne… et à cet instant je me souviens qu’après la naissance de Luca dans ce même hôpital, j’avais besoin de respirer parfois en pleine nuit. J’allais m’aérer là où les femmes se présentaient pour une prise en charge au service des urgences… Je suis donc sur mon brancard et j’ai froid. Nous sommes le 13 janvier à  Nantes, et je guide mes gentils pompiers sur les trottoirs du CHU jusqu’à l’endroit auquel je pensais…

Il est 5h30, je ne sens toujours pas de mouvements de ma fille, je commence à avoir mal, tout mon corps tremble, je perds du sang depuis plus de 2h, je ne sais pas où sont mon mari et mon fils…

On a trouvé les urgences !!

Ce que j’ignore c’est que c’est loin d’être gagné et ce n’est que le début de la journée !!