ACTE 4 / LA RENCONTRE

Nora est née à 8h52, et le temps s’est comme suspendu… Je ne sais rien de ce qui est arrivé entre la naissance de Nora et le moment où je retrouve Axel en salle de réveil.

11H00 : LA SALLE DE RÉVEIL

Axel est là, ma fille ne l’est pas. Je ne comprends pas, je rassemble tant bien que mal mes esprits et je demande l’essentiel à Axel :

  1. Nora va bien ? Oui
  2. Luca va bien ? Je crois que oui
  3. Toi ça va ? Je ne sais pas
  4. On va voir Nora ? On ne peut pas

Le détail que je n’ai pas et dont je ne me préoccupe absolument pas c’est mon état à moi, alors quand mon mari me répond qu’il faut attendre avant d’aller voir notre fille mais que nous pouvons toujours poser la question à l’infirmière, bien sur je ne comprends pas. Puis l’infirmière vient et me dit que je ne pourrais aller voir Nora que quand je pourrais me lever c’est-à-dire après 4h de surveillance post op en salle de réveil.

Petit calcul rapide :j’ai été opérée à 8h30, Nora est née à 8h52, je suis arrivée en salle de réveil à 11h, je dois attendre 4h de plus, donc je ne vais pas voir ma fille avant 15h… Et là dans ma tête il y a ce je-ne-sais-quoi qui dit non…

Si on attend juste que je puisse me lever alors pas de soucis, wonder woman vous connaissez ? Je peux le faire, vous voulez que je vous montre ??

Pour que je comprenne mieux et que j’accepte ce repos forcé, Axel me prend en photo et me montre… Je suis passée d’un teint méditerranéen à un teint proche du norvégien… Mais çà ne m’arrête pas bien sur, j’ai une solution : me maquiller un peu !

A ce moment précis je pense le plus sincèrement du monde que cela peut fonctionner, que je vais pouvoir convaincre mon mari et mon infirmière que je suis fraiche comme la rosée du matin !!!

Bien sur çà ne fonctionnera pas !… mais à force d’insister je finirai par convaincre mon infirmière de déplacer mon lit dans la chambre de ma fille pour que je puisse enfin la voir. Il sera déjà 14h00 quand je rencontrerai ma toute mini humaine, ma fille chérie, ma courageuse petite guerrière.

14H00 : LA TOUTE PREMIÈRE FOIS

Nora est en soins intensifs, en réanimation néonatale. Elle est dans une chambre où il y a 2 boxs , la maman du petit voisin de Nora n’est pas là quand nous arrivons. On me fait entrer tant bien que mal, on pousse les meubles, on pousse les fauteuils, et avec le recul je me rend bien compte du chambardement que cela a du représenter dans ce service… Alors merci pour ce moment à ces femmes exceptionnelles du service de néonat du CHU de Nantes.

Nora est là, elle se repose, elle est calme et MAGNIFIQUE. J’avais cette crainte de rencontrer un fœtus, un tout petit fœtus, pas tout à fait humain, pas tout à fait un bébé. Quand je l’ai vue, tous mes doutes et toutes mes peurs se sont envolés. Elle est belle, elle ressemble à son frère, elle est une poupée, elle est tout ce que j’espérais et bien plus encore… mais en tout mini !!!

Bébé Prématuré Emmailloté

Ses jambes  et ses mains m’impressionnent par leur finesse et leur longueur, mais c’est en fait assez logique car les bébés font leur développement in utéro de telle façon qu’ils constituent la masse graisseuse en dernier, dans les  toutes dernières semaines de la grossesse, celles que j’ai ratée donc… Conséquence pour Nora : un grand combat, il lui faudra prendre du poids « à l’air libre » 😉

Elle a le visage fin, elle a de belles petites lèvres perlées, un petit nez en trompette, de jolies joues rosées, et elle a cette expression pleine de douceur et ce calme qui caractérise les prémas, parce que leurs forces sont employées ailleurs. Elle se bat pour toute chose, pour chaque petite respiration, pour ne pas laisser son cœur lui faire faux-bond, pour que son cerveau lui envoie les bonnes données, les bonnes directives.

A ce moment là, j’ai un bon millier de questions à poser mais une seule envie : la prendre contre moi.

On est toutes les 2 pas très vaillantes mais on a le courage de 1000 hommes alors coute que coute je ferai un câlin à ma fille. L’infirmière installe Nora contre ma poitrine, sa position est adorable, une petite grenouille, elle a les bras et les jambes recroquevillés, elle lève la tête dans ma direction. Ses yeux restent fermés presque tout le temps mais dès qu’elle le peut, elle les entrouvre et je croise son regard.

Et c’est pendant ce peau à peau je commence à observer notre environnement immédiat. Elle est branchée à plusieurs machines, elle a sa couveuse évidement, elle a plusieurs fils qui relient son petit corps aux machines :  déjà sa sonde naso-gastrique pour l’alimenter, ses lunettes optiflow pour l’oxygéner, son monitoring bien sur pour surveiller son rythme cardiaque, sa saturation, et ses fréquences respiratoires, et son capteur infrarouge sous le pied, qui nous indique son taux d’oxygène dans le sang.

Tous les Équipements des Services pour les Prématurés

Toutes ces machines m’inquiètent, surtout qu’elles retentissent souvent car Nora joue au yoyo, mais elles me rassurent tellement.

A cause de ma propre maladie j’ai appris à avoir confiance dans les équipes médicales. Confiante ne veut pas dire inconsciente, j’ai pleine conscience de la gravité des pathologies qui touchent Nora, mais si je sens que la personne qui s’adresse à moi est compétente, rationnelle, professionnelle, et humaine, alors oui je m’en remet sans broncher (ou presque) à ses décisions.

Et il se trouve que l’équipe qui a pris en charge Nora ce jour là était une équipe exceptionnelle.

L’infirmière puéricultrice de Nora, c’est Elfie, elle est douce, rassurante, elle a l’air vraiment gentille, et surtout ses gestes sont plein d’assurance.

Le médecin de Nora, c’est la pédiatre Anne FRONDAS, éminemment respectée à Nantes et plus généralement connue et reconnue très compétente par ses pères, elle a cette réputation d’aller au bout de toute chose, de s’assurer du moindre détail, certains peuvent la qualifier de tatillonne, moi je la trouve perfectionniste et impliquée, quoi de mieux quand le sujet de ces points de détails est votre toute mini bébé ?

16H00 : LA RELÂCHE

On restera ainsi à câliner Nora pendant 2 heures, il est environ 16H30 quand on quitte le 4ème étage où se trouve Nora. Les brancardiers me ramène à ma chambre au 2ème étage, Axel y installe les quelques affaires que l’on a pris au milieu de la nuit en partant, puis il part rejoindre Luca qui se trouve chez nos amis.

Et là tout à coup, je suis seule, sans ma fille, sans mon fils, sans mon mari. Il est temps de briser l’armure, je fonds en larme.

C’est la fin de ce post, mais le début du combat, quand j’y repense, je réalise le chemin parcouru depuis et je suis fière, tellement fière de ma famille !