ACTE 3 BY SUPER DAD / LE COMBAT

Nous nous sommes quittés lors de la dernière chronique de Charlotte sur nos retrouvailles en salle de naissance, sans Nora…

Mais depuis sa naissance jusqu’à cet instant, elle a déjà commencé à livrer le combat pour sa vie…

8h52. On m’appelle.

« Venez Monsieur… c’est votre fille ! »

Je vois ma fille qui n’est pas très vive. Elle ne crie pas. L’a-t-elle fait avant ? Elle ne pleure pas. L’a-t-elle fait ? Elle est calme, presque immobile, les yeux fermés…

Je n’observe plus les auxiliaires. Je ne peux même plus vous décrire les personnes présentes car je ne les regarde pas. Je n’ai d’yeux que pour ma fille. Cette toute petite chose. Cette toute mini humaine. J’ai eu le plus beau des petits bouts, j’ai à ce moment là, juste sous mes yeux, la plus belle petite fille que je n’ai jamais vu.

A partir de cet instant, le temps s’arrête. Je n’ai plus aucune notion de temps.

Je ne suis pas dans mon élément, alors je me laisse flotter. J’ai 1000 questions, mais 0 envie de les poser, j’ai bien trop peur des réponses, je ne veux pas de mauvaises nouvelles. Je reste muet, un peu bête. J’attends qu’on me guide… Une infirmière me conseille de lui parler. Alors je m’exécute.

Je commence par l’appeler par son prénom : « Nora… Nora… c’est Papa… »

On n’avait rien signé quant au prénom avec Charlotte mais on s’était décidé bien avant ! Si pendant la césarienne elle a changé d’avis, alors tant pis pour elle : Maintenant c’est du sérieux, ma fille s’appelle Nora !

Je lui dis que c’est la plus forte, la plus courageuse, la plus belle et que tout va bien se passer, que tout le monde s’occupe d’elle. Nora se tourne vers moi et se met à gémir. Comme si elle voulait me répondre. Les infirmières sont surprises que Nora reconnaisse aussi bien ma voix. En même temps, j’en ai passé du temps à causer au bidon de Charlotte.

Comme quoi, un petit monologue avec un énorme (ne lui dites pas que j’ai dit ça ) ventre chaque matin, finalement ça paie !

Elles me disent de continuer, de parler à Nora. Alors je continue. Je lui dis les mêmes mots, les mêmes phrases, des phrases qui, je l’espère, lui font du bien ?!… Pendant ce temps, les auxiliaires de puériculture réalisent les premiers soins à Nora. Ambiance :

2,025 ! Un beau bébé, pour une toute mini !

Tout de suite on imagine le poids qu’elle aurait pu faire si elle était née à terme. Peut être dans les 12 ou 15kg ! En tous cas, elle n’a pas oublié de se nourrir, c’est déjà un bon point. Pourvu que ça dure… !

Nora respire toute seule. Ses si petits poumons sont à peine arrivés à maturité mais ils sont fonctionnels. Une chance. On ne la mesure pas. Je suis étonné.

On m’explique que Nora est encore en position fœtale, c’est-à-dire qu’elle a les jambes encore un peu recroquevillées et contractées. On ne va pas l’écarteler juste pour savoir quelle taille elle faisait à la naissance. Cette information servira au mieux à l’écrire dans un texto destiné à informer nos proches pour qu’ils aient à tout jamais dans leur esprit cette information majeure : « INFO FLASH ! LA TAILLE DE NOTRE NORA EST DE… ? » Tu parles d’un scoop… Quand ton épouse accouche à 7 mois le sensationnel est ailleurs !

Une auxiliaire de puériculture me dit que Charlotte n’a pas pu voir Nora, alors ça serait bien qu’elle puisse aller voir sa maman qui n’est pas sortie du bloc ?!

Elle prend Nora dans ses bras et l’emmène vers la première porte du couloir en direction du bloc.

À cet instant une infirmière passe la porte et s’étonne. Elle dit à sa collègue, avec un regard inquiet, que ce n’est pas possible. Puis elles chuchotent…

L’auxiliaire qui porte ma fille se tourne vers moi et m’explique que Charlotte à fait un « petit malaise » et qu’elle va bien mais qu’elle doit se reposer.

On me présente un fauteuil roulant et me dit de m’y asseoir. Une infirmière me dépose Nora dans les bras… Je m’étonne du fauteuil et je leur explique que ça n’est pas nécessaire, je me sens bien !

L’infirmière me toise du regard…

Non Monsieur, ce n’est pas pour vous ! C’est pour votre fille ! Pour qu’elle est le moins de secousses possibles. Elle est fragile !

Une auxiliaire demande si j’ai un appareil photo. Je lui tends mon portable. Faute de mieux… Et voici le résultat avec cette magnifique blouse hygiénique jetable.

Sincèrement, sur le moment, on ne pense pas du tout à soigner son image. Ce cliché immortalise l’un des meilleurs moments de ma vie. Alors quoiqu’on en pense…

Ensuite, les infirmières me guident et m’accompagnent. On prend l’ascenseur. J’emmène Nora dans un autre service, la fameuse « Réa-Néonat’ ». On me demande si je veux rester ou si je veux retourner voir Charlotte ? BONNE QUESTION ! Je suis partagé. Je demande si tout va bien se passer pour Nora ? Les infirmières me disent de ne pas m’en faire, qu’elles vont bien s’occuper d’elle. Alors je vais voir comment va Charlotte. Je reprends l’ascenseur et retourne patienter dans cette même salle de naissance. J’attends Charlotte.

Il me semble que c’est à ce moment qu’un médecin et une infirmière viennent m’expliquer ce qui s’est passé durant la césarienne : Charlotte a eu du mal à reprendre son souffle et le monitoring s’est « emballé »… EMBALLE …???… LE MONITO …??… Mais apparemment ils ont eu un souci avec la machine. Mais oui…!… bien sûr…!!!… NORMAL !!

On m’explique tout assez rapidement. Je sens bien que le docteur a été un peu chamboulé par l’événement. Je ressens ces émotions à travers ses explications mais je ne retiens pas ce qu’elle me dit, je ressens juste tout ce stress et elle n’a rien de rassurant.

Je patiente encore quelques minutes et Charlotte me rejoins.

Je raconte ce passage car Charlotte n’en a qu’un très vague souvenir. Elle était complètement dans le brouillard (Donc c’est le moment d’en profiter et de raconter n’importe quoi sur ce qu’elle a pu dire ou faire 😉 ).

Charlotte prend tout de suite des nouvelles.

  1. Comment va Nora ? (Ouf, je ne me suis pas trompé de prénom…)
  2. Comment va Luca ? (Je ne sais pas, je n’ai pas pris de nouvelles ! J’ai confiance, tout va bien)
  3. Comment tu vas ? (Je ne sais pas non plus…)

Je lui demande ce qu’il s’est passé dans ce bloc ?

Elle me dit qu’elle a eu très peur et très mal. À un moment elle s’est sentie partir… (Oui, mais où ?) Bref… n’en parlons plus pour le moment.

Cet épisode « du bloc » a mis quelques mois avant de remonter tout doucement à la surface… Encore aujourd’hui c’est compliqué pour elle de savoir clairement ce qu’il s’est passé, elle a des bribes de souvenirs très clairs et un maximum de black out…

Charlotte veut se maquiller. Elle dit qu’elle ne peut pas rencontrer sa fille avec cette tête. Évidemment moi avant de prendre Nora dans les bras je me suis rasé, j’ai pris une petite douche, je me suis brossé les dents et je me suis peigné ! Rien que ça !

Charlotte est blanche comme un linge et le fond de teint ni changera pas grand-chose.

Quelques heures plus tard, après plusieurs passages des infirmières (et Charlotte qui leurs met une pression d’enfer pour aller voir sa fille), on les convainc de nous laisser aller voir notre fille, ce sera dans le lit pour Charlotte mais nous sommes autorisés à aller voir Nora ensemble…