ACTE 4 / LA RENCONTRE

Donc le 1er problème : Comment savoir où est ton bébé ?

A ce moment, je me dis simplement et naïvement qu’heureusement nous sommes guidés car sinon Nora aurait été perdue à tout jamais au CHU de Nantes ! 

Pas tout à fait « à tout jamais » car le premier indice pour la retrouver était de taille : évidemment, son prénom était noté en gros sur la porte d’une minuscule pièce plongée dans la pénombre.

C’est très étrange car à ce moment on est comme partagé :

Un mélange de joie, de peur, d’excitation, de crainte, de perte de contrôle s’installe…

On a un peu « les poils » comme on dit parfois… On se croirait dans un vieil épisode de « Chair de Poule ».

Mais heureusement le personnel du service est très pédagogue. On nous explique tout et on nous rassure comme si on était les premiers parents à vivre ce type de naissance.

2nd problème : Tu rentres dans le box double où est inscrit le prénom de ta fille, oui mais ton bébé est dans quelle couveuse ?

Cet environnement tellement important pour le bébé né prématurément est aussi un véritable casse tête au départ pour les parents, la pièce est sombre et les seuls éléments visibles sont deux incubateurs parfaitement identiques!

Est elle à gauche ou à droite… Il s’agirait de ne pas se tromper de bébé !

Les parents de l’autre petit guerrier ou guerrière ne sont pas là alors ça ne va pas nous aider à savoir…

Mais l’absence de nos voisins ne nous gêne pas… avec le lit de Charlotte qui fait à peu près 15m2 dans cette mini pièce qui n’en fait que 3…on peut le dire : c’est mieux qu’ils ne soient pas là ! Et c’est un peu plus intime ainsi.

Le 2ème élément qui porte le prénom de Nora est son tableau de suivi : vu qu’il est installé à côté d’une couveuse, j’en déduis que la petite demoiselle à l’intérieur est bien notre fille ! (sauf si notre auxiliaire de puer est une blagueuse et s’amuse à ce genre de plaisanteries mais je ne pense pas)

Oui, c’est bien elle, je la reconnais, j’ai eu la chance de la porter dans mes bras et nos regards se sont déjà croisées.

C’est MA FILLE, ma toute petite fille…

Et maintenant on passe à l’action ! On propose à Charlotte de la prendre dans ses bras. Elle n’a pas pu voir Nora au bloc car la situation était critique pour les deux, c’est donc un grand moment de vie qui se déroule sous mes yeux !

J’immortalise ces instants avec quelques clichés très sympa (ou pas) avec un appareil tout à fait adapté (ou pas)… J’étais prêt (ou pas) ! Clic !

Le plus difficile à constater pour moi c’est d’avoir une fille qui ressemble à un bébé sorti tout droit de MATRIX !

Il y a tellement de matos, des fils, des bips, des courbes sur le monito, des chiffres qui monte et parfois descendent et des « rebip »!

La dernière fois que j’ai joué avec un engin pareil cela devait remonter au années 90’… C’était la Super Nintendo!

C’était un moment magique de voir Charlotte et Nora serrées l’une contre l’autre comme si cette grossesse ne s’était pas arrêtée. Charlotte s’accrochait à Nora et Nora s’accrochait à sa maman, comme si leurs vies en dépendaient. Un moment gravé dans la tête et dans le cœur.

Après quelques heures je dois rentrer chercher Luca, notre fils, qui n’a vu ni sa maman ni sa sœur depuis le remake de Shining le matin même ! Mon fils me manque, on aurait du être tous ensemble, comme à chaque fois. Alors je reprends le chemin que j’avais pris quelques heures avant, je ne suis pas fatigué, toujours drogué à l’adrénaline !

C’est tout de même le cœur gros que je repars du CHU en laissant Charlotte très affaiblie et Nora qui doit maintenant se battre pour chaque nouvelle journée, pour gagner un combat de plus à chaque nouvelle étape.

Je retrouve mes amis qui ont pris soin de Luca. J’ai l’impression que mon fils à déjà 15 ou 16 ans, il me parait tellement grand tout à coup… Juste avant la naissance de Nora, Luca était encore mon bébé. Je le sens, je le vois, je l’entends, il a changé, il veut s’affirmer en tant que «grand frère» !

J’essaie d’être pragmatique, je le rassure et lui dit que sa maman et que sa sœur vont très bien (oh le mensonge! Bhoooooo!) mais qu’elles vont devoir rester un petit moment à l’hôpital (oh encore un mensonge…). Nous décidons alors tous les deux de fêter la naissance de Nora dans le restaurant préféré de Luca…

Nous rentrerons chez nous (après ce fameux et délicieux repas), reprendre notre vie… Reprendre nos habitudes… Comme avant… Enfin pas tout à fait, car maintenant et pour quelques temps nous ne vivrons qu’à deux…

Luca et Moi.